Mgr Albert HOUSSIAU

90e évêque de Liège (1986-2001)

 

Albert Jean Charles Ghislain HOUSSIAU est né dans la petite ville flamande de Hal, le 2 novembre 1924. Il est le quatrième d'une famille francophone, profondément chrétienne de six enfants. Très jeune, il perdit son père, un architecte brabançon décédé en 1940 des suites d'une maladie. Il aime à souligner que, s'il put devenir prêtre, ce fut grâce à quatre de ses frères et sœurs qui travaillèrent et firent en sorte que son frère aîné et lui-même puissent répondre à la vocation.

De 1936 à 1942, il accomplit ses humanités à l'Institut Notre-Dame de Cureghem.

De 1942 à 1945, comme séminariste au diocèse de Malines-Bruxelles, il étudia les sciences commerciales et la philosophie à l'UCL, puis, de 1945 à 1948, la théologie au Grand Séminaire de Malines.

Il a été ordonné prêtre à Malines le 6 février 1949. De 1948 à 1955, il poursuivit des études de théologie à Louvain et obtint, en 1955, le doctorat puis une maîtrise en théologie (UCL) avec une thèse intitulée La christologie de saint Irénée (étude pour laquelle il s'est investi dans l'apprentissage de l'arménien), sous la direction de Mgr Lucien Cerfaux.

Vicaire à Saint-Augustin à Forest de 1955 à 1956, il est appelé à Louvain en 1956 pour seconder le chanoine A. Descamps dans la direction du nouveau Collège du Saint-Esprit et dans la réorganisation du programme de l'Institut supérieur des sciences religieuses.

D'abord maître de conférence (1956), il fut nommé professeur ordinaire à la Faculté de théologie de l'UCL (1959-1986) où il enseignera la théologie sacramentaire, la liturgie et, pendant quelques années, l'ecclésiologie (partie de la théologie qui traîte de la nature et de la vie de l'Église) en remplacement de Mgr Thils, émérite.

Président de l'Institut Supérieur des Sciences Religieuses à partir de 1961 et président du Collège du Saint-Esprit (résidence pour les prêtres étudiants) à partir de 1965, Chanoine honoraire du chapitre métropolitain de Saint-Rombaut (1965), professeur invité à l'Institut Catholique de Paris (Liturgie), il exerça à deux reprises la charge de doyen de la Faculté francophone de théologie de l'UCL, une première fois à Louvain de 1972 à 1977 et une seconde fois à Louvain-la-Neuve de 1982 à 1985. Il fut aussi directeur de la Revue Théologique de Louvain de 1977 à 1982.

À partir de 1971, il fut président de la Commission nationale (catholique) pour l'Œcuménisme. Il a animé pendant quelques années le Centre Lumen Gentium de la Faculté de Théologie à LLN.

En 1981, il a organisé à LLN un colloque intitulé Les paroisses dans l'Église d'aujourd'hui malheureusement non publié et a signé l'article Paroisse dans l'encyclopédie Catholicisme (t. 10, 1985).

La carrière scientifique de Mgr Houssiau a fait l'objet d'une synthèse récente signée par le professeur André Haquin reprise en annexe. Ses nombreuses publications peuvent se grouper autour de trois centres: la théologie de saint Irénée, les sacrements, la liturgie et l'ecclésiologie.

Il a été élu évêque de Liège le 17 mars 1986 et a été ordonné le 18 mai 1986, jour de la Pentecôte, en la cathédrale Saint-Paul, par Mgr G. Danneels, archevêque primat de Belgique assisté des évêques de Belgique (Mgr van Zuylen, ancien évêque de Liège, Mgr Heuschen, de Hasselt, Mgr Mathen, de Namur, et Mgr Van den Berg, d'Anvers) et des diocèses étrangers limitrophes.

Délégué par la Conférence épiscopale au Conseil interdiocésain de la Pastorale familiale, à la Commission Mixte Religieux, Religieuses, Évêques et au Conseil interdiocésain des laïcs, Mgr A. Houssiau a assumé aussi les charges de supérieur général de la Société des Auxiliaires des Missions et de président du Conseil général de l'enseignement catholique. Il est également membre du Pouvoir organisateur de l'université catholique de Louvain-la-Neuve.

À l'occasion de sa première conférence de presse, Mgr Houssiau apparut enthousiaste, cordial, déterminé et ne manquant pas d'humour. Aux partisans inconditionnels d'un candidat liégeois, il avait déclaré: "Je vous promets que je serai Liégeois!" Ce qui devait se confirmer par la suite. De l'avis général de tout ceux qui l'ont approché, de l'évêque se dégage une chaleur humaine, une grande simplicité et un contact facile.

Au début de son épiscopat, Mgr Houssiau reconnaît avoir profité de son expérience de doyen de Faculté pour gérer la concertation au sein du diocèse. "Depuis 1936, à Liège, la réunion des doyens est en effet l'épine dorsale de toutes les décisions. Comme nous n'avions pas de conseil pastoral diocésain, je me suis appuyé sur cette institution... Dès novembre 1986, les doyens se sont réunis, ont dressé un tableau positif et négatif du diocèse et m'ont demandé quelle vision j'avais de l'Église, de la paroisse. À partir de cela nous avons recherché les défis à relever et les actions pastorales prioritaires à mettre en œuvre".

 Le changement le plus important remarqué par Mgr Houssiau au cours de son épiscopat est le phénomène de déchristianisation, au développement plus rapide que prévu, entraînant évidemment une baisse des vocations. Au cours des 14 années de son épiscopat, il a ordonné 53 prêtres.

Malgré ce constat, partagé d'ailleurs par tous les évêques belges, Mgr Houssiau reste confiant dans l'avenir et mise beaucoup sur une pastorale délibérément néo-missionnaire.

 Dans un premier bilan de son épiscopat, La Libre Belgique du 3 novembre 1999, rappelait que Mgr A. Houssiau eut à gérer une succession difficile après "l'omniprésent Mgr van Zuylen"; qu'il eut à composer avec les crises intégriste (Steffeshausen) et progressiste ("l'affaire Gaillot") qui, l'une comme l'autre, Liège aimant les extrêmes, eurent d'importants retentissements dans la Cité ardente; qu'il assista aux béatifications de Mère Marie-Thérèse du Sacré-Cœur de Jésus (Jeanne Haze) (21 avril 1991), de soeur Eugénie Joubert (20 novembre 1994) et de Mère Marie de Jésus (Émilie d'Oultremont d'Hooghvorts) (12 octobre 1997); qu'il célébra le 100e anniversaire des Congrès sociaux (1990), qui a donné lieu à une large réflexion sur la place des chrétiens dans le monde, et le 750e anniversaire de la Fête-Dieu (1996); qu'enfin il lança le PRO-JET 2000, vaste de mouvement de réflexion sur les priorités pastorales pour l'avenir du diocèse.

 
Mgr Houssiau s'est beaucoup attelé au projet de restructuration des paroisses du diocèse, un aménagement qui doit se faire sans précipitation. "La paroisse est un lieu où la vie chrétienne doit pouvoir se déployer selon ses divers aspects. Sur les 530 paroisses actuelles... il y a moyen de faire 150 nouvelles paroisses disposant d'assez de forces vives pour vivre cette mission."

Comme son prédécesseur qui avait organisé le diocèse en régions pastorales, Mgr Houssiau a préparé la carte d'un nouveau découpage, auquel œuvre le PRO-JET 2000 et qui sera possible quand auront été mis sur pied les conseils pastoraux locaux, à l'échelle de chaque doyenné. Ces conseils seront amenés à prendre en charge l'ensemble de la mission de l'Église avec tous les acteurs en matière d'évangélisation, de catéchèse, de liturgie,...

L'une des émanations du centenaire des Congrès sociaux fut la création de Chrétiens dans la Cité. L'action des chrétiens dans la société pluraliste est un des domaines dans lesquels Mgr Houssiau a beaucoup investi. L'évêque défend l'idée qu'il faut "promouvoir des lieux où des hommes et des femmes avec des options différentes échangent sur les grands enjeux de l'homme et de la société. Des lieux où médecins, avocats... se parleraient entre eux... Le cas actuel de l'euthanasie en est un bon exemple..."

 Mgr Houssiau a poursuivi la politique d'ouverture et de dialogue initiée par ses prédécesseurs. Il a entretenu des contacts réguliers avec les communautés immigrées, notamment avec la communauté italienne dont la Mission catholique participe activement à PRO-JET 2000. En juin 1993, il rendait visite aux demandeurs d'asile d'origine kurde, arménienne et géorgienne qui faisaient la grève de la faim et avaient trouvé refuge dans l'église Sainte-Foy à Liège et qui, avec leur famille, étaient menacés d'expulsion.

Sur un mode plus léger, il faut aussi noter la participation de l'évêque frais nommé, en mai 1986, au pèlerinage des sportifs liégeois à Chèvremont, en compagnie notamment... de Robert Waseige, alors entraîneur du RCF Liège.

 Tout comme Mgr Kerkhofs et Mgr van Zuylen, Mgr Houssiau a accordé une grande importance à la prière et au développement du culte marial. Hal, qui le vit naître, est d'ailleurs réputée pour la dévotion envers la Sainte Vierge, Notre-Dame de Hal. Lors de son ordination, il remit son ministère sous la protection de la Vierge des pauvres. On l'a vu très souvent à Banneux et à Lourdes où il a accompagné chaque année le pèlerinage diocésain.

 Petite anecdote: Mgr Houssiau est le 3e évêque de Liège prénommé Albert. Son saint patron, Albert de Louvain, avait été choisi par le chapitre cathédral pour être évêque de Liège en 1191. Mais un concurrent contesta l'élection auprès de l'empereur Henri VI. Au mépris du Concordat de Worms, ce dernier cassa le vote et nomma un 3e candidat. Albert de Louvain se rendit alors à Rome: le Pape Célestin III confirma son élection et demanda à l'élu de se faire ordonner. Comme l'archevêque de Cologne refusait et que l'entrée dans le diocèse de Liège lui était interdite par les partisans de l'empereur, Albert s'arrêta à Reims, où il fut ordonné évêque le 20 septembre 1192. Il tomba dans un traquenard et fut assassiné en rase campagne par des chevaliers scélérats (Vita beati Alberti). La responsabilité du meurtre fut attribuée à l'empereur et une coalition anti-impériale ébranla le royaume germanique tout entier. Henri VI dut lâcher du leste; il laissa le choix de l'évêque au Pape qui désigna, en 1195, Albert de Cuyck. Un événement décisif: à partir de là, l'arbitre des élections épiscopales ne sera plus l'empereur mais le Pape.

Dans ses moments de loisirs, l'évêque -ce n'est un secret pour personne- s'adonne volontiers à quelques hobbies: la photographie, le dessin, l'aquarelle, la peinture

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Mgr A. Houssiau a choisi pour devise Per Ipsum et cum Ipso et in Ipso (Par Lui, avec Lui et en Lui), finale doxologique des prières eucharistiques du missel romain. Le 2 novembre 1999, il célébrait ses 75 ans et, comme le veut le droit canon, il transmettait au Pape sa renonciation à la fonction.

Son souhait est de rester dans l'Histoire de l'Église liégeoise, comme l'évêque "qui l'a préparée à relever les grands défis (NDRL: l'urbanisation, l'industrialisation et le développement de la science) de cette fin de siècle, en l'aidant à jouer son rôle dans un monde très bigarré sur le plan spirituel".

Son blason est le symbole antique du mystère pascal: "d'azur à la croix latine d'or surmontée du chrisme d'or entouré d'une couronne de lauriers de sinoples aux baies de gueules enrubannées d'or".

Sources

- Articles dans La Libre Belgique du 21 mars 1986 (à l'occasion de son premier contact avec les journalistes liégeois).
- Articles dans La Wallonie du 21 mars 1986.
- Article dans L'Avenir du Luxembourg du 21 mars 1986.
- Article dans Le Soir du 21 mars 1986.
- Article dans La Libre Belgique-Gazette de Liège du 20 mai 1986 (à l'occasion de son ordination).
- Article dans Vers l'Avenir du 20 mai 1986 (à l'occasion de son ordination).
- Article dans le Bulletin des Amis du Séminaire de Liège, 4, juin 1986.
- Article dans La Libre Belgique du 3 novembre 1999 (à l'occasion de sa lettre de renonciation à la fonction).
- Louis DUBOIS et Frédéric ANTOINE, Rencontre avec Mgr Houssiau: bilan de quatorze ans d'épiscopat principautaire, dans L'appel, 228, juin 2000.
- A. MINKE et P. GÉRIN, Liège. Histoire d'une Église, 4, Strasbourg, 1995.
- Ch. LAPORTE, Mgr Houssiau, plus évêque que prince à Liège, dans Portraits d'Église, 2, Les catholiques belges du parvis au maître-autel, Bruxelles, 1998, p. 147-164.
- A. HAQUIN, La carrière académique d'Albert Houssiau, évêque de Liège, dans G. VAN BELLE (éd.), Index generalis ETL-BETL 1982-1997 (Coll. BETL, 134), Leuven, Peeters, 1999, p. 29-34.
- Article dans Vers l'Avenir et dans Le Jour-Le Courrier du 10 mai 2000 (à l'occasion de son admission à la retraite).

 ÉVÊCHÉ DE LIÈGE
Service Presse & Communication
2 juin 2000