Mgr Guillaume-Marie van Zuylen
89e évêque de Liège (1961-1986)
Guillaume-Marie van Zuylen est né à Liège, le 4 janvier 1910, dans une famille francophone. Il fut étudiant au collège Saint-Hadelin à Visé, puis au collège Saint-Louis à Liège. Brillant élève, il fut aussi, dans sa jeunesse, un bon joueur au sein du club de Dalhem.
Comme son frère aîné, il fut appelé par la vocation. Il est entré au séminaire et a fait sa philosophie à Saint-Trond. À moins de 23 ans, il fut ordonné prêtre à Liège le 11 septembre 1932. Il partit alors pour Rome, où il étudia à l'Université grégorienne et conquit les titres de docteur de philosophie, licencié en théologie et licencié en histoire ecclésiastique.De retour à Liège, il devint professeur d'histoire ecclésiastique au grand séminaire de Liège, le 30 juillet 1936.
À la mobilisation, lui qui regrettait de ne pas avoir eu de contact avec la pastorale paroissiale, put vivre une expérience voisine comme aumônier militaire au 12e de Ligne. Il y acquit une grande popularité. Prisonnier en mai 1940, il fit 7 mois de captivité et fut libéré en décembre 1940 avec le service santé de l'armée. Au cours des années 1943, 1944 et début 1945, il s'occupa de l'uvre de soutien aux familles des prisonniers. Il vécut la libération de Liège comme aumônier à l'Armée Secrète, pour le refuge "Tanche" au charbonnage d'Ans-Rocourt.
Le 10 septembre 1945, l'abbé van Zuylen fut nommé président du séminaire de Liège, puis chanoine honoraire de la cathédrale. Un des événements qui a fort marqué la vie du séminaire à cette époque fut le 7e centenaire de la Fête-Dieu et sa spectaculaire procession nautique (1946). Il devint, le 7 février 1949, vicaire général du diocèse en remplacement de Mgr Boes qui venait de mourir. Ses nouvelles charges furent les secteurs de l'Enseignement, de l'Action Catholique et des uvres Sociales. Et c'est en juillet 1951 que le Pape Pie XII le nomma évêque coadjuteur de Mgr Kerkhofs, avec droit de succession. Il fut sacré évêque en la cathédrale Saint-Paul le 8 septembre 1951 par Mgr Kerkhofs, assisté des évêques de Namur (Mgr Charue) et de Bruges (Mgr De Smedt). Le 8 décembre 1961, à la démission de Mgr Kerkhofs, Mgr van Zuylen devint le 89e évêque de Liège, dont le diocèse s'étendait alors sur les provinces de Liège et de Limbourg.
Deux événements de première importance ont encadré le mandat épiscopal de Mgr van Zuylen. En 1962 s'ouvrait le concile Vatican II, vaste entreprise de renouveau de l'Église catholique. En 1985, le pape Jean-Paul II effectuait une visite en Belgique, où il lançait un appel à une nouvelle évangélisation.
La première préoccupation épiscopale de Mgr van Zuylen fut de mettre en oeuvre les grandes orientations de Vatican II. Il avait lui-même participé à la première session du Concile en qualité de membre de la Commission pour le clergé et le peuple chrétien. Après la promulgation par le Concile d'une nouvelle Constitution sur la Liturgie, il fit partie du Conseil chargé de l'application de ce document et, après le Concile, et fut consulteur de la Commission chargée de réviser le code de droit ecclésiastique.Il mit sur pied, dès 1968, le conseil presbytéral qui a pour tâche d'aider l'évêque dans le gouvernement de son diocèse (renouvelé par élection des prêtres diocésains pour un terme de 5 ans) et, en 1971, un conseil pastoral (lequel s'est souvent enrayé par des bloquages résultant de divergences internes qui entraînèrent par la suite sa dissolution).
Il soutint la création des conseils paroissiaux mis en place dans plus de la moitié des paroisses du diocèse à partir de 1979 et des équipes d'animation pastorale (EDAP), à partir de 1980.
En 1967, les pères conciliaires avaient restauré le diaconat permanent. C'est le diocèse de Liège qui, sous l'impulsion de Mgr van Zuylen, inaugura la série des ordinations diaconales en Belgique (4 octobre 1969).
Mgr van Zuylen a mené son diocèse à travers les remous causés par le Concile; il a vécu la crise de la foi et la fermeture du séminaire liégeois. Sa confiance en Dieu, sa formation d'historien aussi, lui ont permis de relativiser les choses et de ne jamais céder à l'affolement et à la tentation de réformes excessives et maladroites. En souplesse, il a gardé le cap, attentif aux signes de renouveau qui n'ont pas tardé à apparaître: mouvements de foyers, centres de retraite, etc.
Les prêtres et séminaristes ont toujours reçu chez lui un accueil très chaleureux. Il a prêté la plus grande attention à leurs problèmes et à leurs difficultés.
En 1982, Mgr van Zuylen décida de rouvrir le grand séminaire de Liège pour que les futurs prêtres soient formés dans un contexte plus proche des communautés locales qu'ils auraient à servir. Dans les années précédentes, les séminaristes liégeois, peu nombreux, étaient regroupés jusqu'à la fin de leurs études avec des séminaristes d'autres diocèses.
En 1967, la création de deux diocèses distincts autour de Hasselt et de Liège entraîna une réorganisation du travail pastoral.
Mgr van Zuylen voulut faire de l'Église de Liège, une Église présente au monde d'aujourd'hui pour y annoncer l'Évangile. Dans cette orientation missionnaire qui est l'affaire du peuple tout entier, laïcs, prêtres et évêque sont solidairement responsables. Afin de permettre à ceux qui sont sur place de prendre leurs responsabilités, il organisa le diocèse en régions pastorales (la région de langue allemande, la région Ourthe-Amblève et Condroz, la région de Huy, la Hesbaye, la région verviétoise comprenant l'agglomération verviétoise, le Plateau de Herve et l'Ardenne, et enfin la région liégeoise divisée en cinq secteurs).
Il mit l'accent sur l'importance de la formation des laïcs responsables ainsi que sur le rôle que devait jouer les prêtres dans cette formation. C'est dans ce but que fut créé l'Institut Supérieur de Catéchèse et de Pastorale (ISCP) qui assure la formation de professeurs de religion, de catéchistes et qui propose un approfondissement de la foi à tous ceux qui sont désireux d'accroître leurs connaissances religieuses.
Dans la ligne de son prédécesseur qui avait lui-même anticipé l'invitation pontificale contenue dans l'encyclique Fidei donum (1957), Mgr van Zuylen a encouragé des prêtres de son diocèse à se mettre directement au service d'autres évêques dans le Tiers-Monde.
Mgr van Zuylen a toujours eu le souci du véritable dialogue. Il a pu, par son exemple, faire du diocèse de Liège un endroit où les gens parlent et écoutent. Fréquemment il a rappelé à tous que le devoir de charité "tu aimeras ton prochain..." doit se réaliser concrètement dans le monde d'aujourd'hui par la collaboration de tous à la réforme d'une société plus juste. Il fut à l'origine de nombreuses actions de solidarité lors de grandes catastrophes internationales.
Dès la fin de la deuxième guerre, des contacts entre protestants et catholiques étaient menés dans le cadre principalement de l'Université de Liège. Avant même la fermeture du Concile, Mgr van Zuylen mit en place, en 1965, une commission épiscopale, composée de laïcs et d'ecclésiastiques, chargée officiellement d'uvrer à l'cuménisme. Le diocèse de Liège est un des rares diocèses au monde à avoir publié (de 1966 à 1991) un bulletin cuménique diocésain.
À l'égard du monde ouvrier, Mgr van Zuylen a toujours manifesté compréhension et sympathie, encourageant les mouvements d'apostolat laïc et la création de communautés chrétiennes dans ce milieu. Comme son prédécesseur, il a soutenu l'engagement des prêtres-ouvriers et il a mis en place la Commission Diocésaine de la Pastorale Ouvrière. Les problèmes causés par la détérioration économique, les pertes d'emploi et le chômage, ont suscité chez lui de nombreuses prises de position, participant personnellement à certaines manifestations. En 1965, il partage l'angoisse des travailleurs devant la fermeture des charbonnages et met l'accent sur les devoirs des pouvoirs publics, spécialement à l'égard des travailleurs immigrés. Le 22 mai 1969, il est présent à la grande manifestation organisée place Saint-Lambert par le Front commun syndical. En 1975, il visite les travailleurs qui occupent le Val Saint-Lambert. Chaque année, il a participé à la "marche des travailleurs", d'abord à Tongres puis à Banneux, le mardi de la semaine Sainte.Le monde de l'enseignement et le monde universitaire ont retenu aussi toute son attention. Mgr van Zuylen a veillé au développement de l'animation chrétienne dans ces milieux.
Mgr van Zuylen, comme Mgr Kerkhofs, a toujours montré une intense dévotion mariale, notamment un grand attachement au culte de Banneux. Il fut aussi un fidèle du pèlerinage diocésain à Lourdes.
Mgr van Zuylen avait choisi comme devise épiscopale: Fortitudo mea Dominus (Le Seigneur est ma seule force). Cette force ne lui a jamais fait défaut tout au long d'un épiscopat long et difficile. C'est justice si l'évêque sortant a pu avoir la grande joie, en mai 1985, d'accueillir le Pape dans sa bonne ville de Liège.
En mars 1986, il a passé la main à son successeur, Mgr Albert Houssiau.
Le chanoine Boxus se souvient: "Quand il s'est retiré, en 1986, il a dit: je quitte l'évêché, je ne décide de plus rien, c'est fini. Je le vois encore..." Il s'est retiré à Wihou-Richelle, du côté d'Hermalle. Il s'est mis au service des autres. Il a assuré l'aumônerie d'un home à Fouron-le-Comte. Il faisait là-bas "ses huit heures". Il était très aprécié des pensionnaires de ce home. Il parlait parfaitement le néerlandais... et le wallon. Il a d'ailleurs prononcé des sermons en wallon.
Mgr van Zuylen est décédé le 2 avril 2004.
Sources
- Article dans La Libre Belgique - Gazette de Liège du 7 septembre 1976 (à l'occasion des 25 ans de son épiscopat).
- Article dans La Libre Belgique - Gazette de Liège du 21 mars 1986 (à l'occasion de la présentation du nouvel évêque de Liège, Mgr Albert Houssiau).
- Dépêche de l'agence CIP du 3 janvier 1990 (à l'occasion de ses 80 ans).
- A. MINKE et P. GÉRIN, Liège. Histoire d'une Église, 4, Strasbourg, 1995.
- Église de Liège, mai 1995.
- Article dans La Meuse du 5 avril 2004 (à l'occasion de son décès).